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TitleUna Tempestad Aime Cesaire
TagsCapitalism Slavery Colonialism The Tempest
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AIMÉ CÉSAIRE
Una tempestad

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ACTE II

scène 1

Grotte de Caliban. Caliban est en train de travailler en chantant,
quand Ariel survient. Il l’écoute un moment.
caliban (chantant) :

Qui mange son maïs sans songer à Shango
Mal lui en prend ! Sous son ongle se glisse Shango
et toute la part il prend !
Shango Shango ho !
Ne lui offrez pas de siège ! À votre guise !
C’est sur votre nez qu’il prendra son assise !
Pas une place sous votre toit ! C’est votre affaire !
Le toit, il le prend de force et s’en couvre la tête !
Qui veut en conter à Shango
Fait mal son compte !
Shango Shango ho !

ariel : Salut, Caliban ! Je sais que tu ne m’estimes guère, mais
après tout nous sommes frères, frères dans la souffrance
et l’esclavage, frères aussi dans l’espérance. Tous deux
nous voulons la liberté, seules nos méthodes diffèrent.

ACTO II

escena 1

Gruta de Calibán. Calibán trabaja cantando, cuando aparece Ariel.
Lo escucha un momento.
calibán (cantando):

El que come su maíz sin pensar en Shangó
¡Mal hace! Bajo su uña se desliza Shangó
¡y toma toda su parte!
¡Shangó Shangó, oh!
¡No le ofrezcan asiento! ¡Como gusten!
¡Sobre su nariz tomará asiento!
¡No le hacen lugar bajo su techo! ¡Es cuestión suya!
¡Él lo toma por la fuerza y con él se cubre la cabeza!
El que quiere ganarle a Shangó
¡mal hace las cuentas!
¡Shangó Shangó, oh!

ariel: ¡Hola, Calibán! Sé que no me estimás demasiado,
pero después de todo somos hermanos, hermanos en el
sufrimiento y en la esclavitud, hermanos también en la
esperanza. Ambos queremos la libertad, sólo nuestros mé-
todos difieren.

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caliban : Salut à toi. Ce n’est quand même pas pour me faire
cette profession de foi que tu es venu me voir ! Allons,
Alastor ! C’est le vieux qui t’envoie, pas vrai ? Beau mé-
tier : exécuteurs des hautes pensées du Maître !

ariel : Non, je viens de moi-même. Je suis venu t’avertir. Pros-
pero médite sur toi d’épouvantables vengeances. J’ai cru
de mon devoir de te mettre en garde.

caliban : Je l’attends de pied ferme.
ariel : Pauvre Caliban, tu vas à ta perte. Tu sais bien que tu

n’es pas le plus fort, que tu ne seras jamais le plus fort. A
quoi te sert de lutter ?

caliban : Et toi ? A quoi t’ont servi ton obéissance, ta pa-
tience d’oncle Tom, et toute cette lèche ? Tu le vois bien,
l’homme devient chaque jour plus exigeant et plus des-
potique.

ariel : N’empêche que j’ai obtenu un premier résultat, il m’a
promis ma liberté. À terme, sans doute, mais c’est la pre-
mière fois qu’il me l’a promise.

caliban : Du flan ! Il te promettra mille fois et te trahira mille
fois. D’ailleurs, demain ne m’intéresse pas. Ce que je veux,
c’est (il crie) « Freedom now ! ».

ariel : Soit. Mais tu sais bien que tu ne peux l’arracher mainte-
nant et qu’il est le plus fort. Je suis bien placé pour savoir
ce qu’il a dans son arsenal.

caliban : Le plus fort ? Qu’en sais-tu ? La faiblesse a toujours
mille moyens que seule la couardise nous empêche d’in-
ventorier.

ariel : Je ne crois pas à la violence.
caliban : À quoi crois-tu donc ? À la lâcheté ? À la démis-

sion ? À la génuflexion ? C’est ça ! On te frappe sur la joue
droite, tu tends la joue gauche. On te botte la fesse gauche,
tu tends la fesse droite ; comme ça, pas de jaloux. Eh bien,
très peu pour Caliban !

calibán: Hola a vos. ¡No es sin embargo para hacerme esta
profesión de fe que viniste a verme! ¡Vamos, Alastor! Te
manda el viejo, ¿no es cierto? Qué linda profesión: ejecutar
los altos pensamientos del Amo!

ariel: No, vengo por propia voluntad. Vine a advertirte. Prós-
pero medita contra vos espantosas venganzas. Creí que mi
deber era ponerte al tanto.

calibán: Acá lo espero.
ariel: Pobre Calibán, vas a perderte. Sabés que no sos el más

fuerte, que jamás vas a ser el más fuerte. ¿De qué te sirve
luchar?

calibán: ¿Y a vos? ¿De qué te sirvieron tu obediencia, tu
paciencia de Tío Tom, y toda esas lamidas? Vos lo ves
bien, el hombre se vuelve cada día más exigente y más
despótico.

ariel: Eso no impide que haya obtenido un primer resultado,
me prometió mi libertad. Con plazos, sin duda, pero es la
primera vez que me la promete.

calibán: ¡Puro cuento! Te la va a prometer mil veces y te va a
traicionar mil veces. Además, el mañana no me interesa.
Lo que yo quiero es (grita) “Freedom now!”.2

ariel: Sea. Pero bien sabés que no podés tenerla ahora y que
él es el más fuerte. Yo estoy bien ubicado para saber qué es
lo que tiene en su arsenal.

calibán: ¿El más fuerte? ¿Qué sabés vos? La debilidad tiene
siempre mil medios que sólo la cobardía nos impide
inventariar.

ariel: No creo en la violencia.
calibán: ¿Y en qué creés entonces? ¿En tu cobardía? ¿En la

renuncia? ¿En la genuflexión? ¡Eso es! Te pegan en la
mejilla derecha, ponés la izquierda. Te patean la nalga
izquierda, vos ponés la derecha; así, sin celos. ¿Ah, sí? ¡Ca-
libán quiere muy poco!

2. En inglés, en el original: ¡Libertad ahora! [N. de T.]

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remonte. Dans une pénombre, Prospero, l’air vieilli et las. Ses gestes
sont automatiques et étriqués, son langage appauvri et stéréotypé.
prospero : C’est drôle, depuis quelque temps, nous sommes

ici envahis par des sarigues. Y en a partout… Des pécaris,
des cochons sauvages, toute cette sale nature ! Mais des
sarigues, surtout… Oh, ces yeux ! Et sur la face, ce rictus
ignoble ! On jurerait que la jungle veut investir la grotte.
Mais je me défendrai… Je ne laisserai pas périr mon
œuvre… (Hurlant.) Je défendrai la civilisation ! (Il tire dans
toutes les directions.) Ils en ont pour leur compte… Comme
ça, j’ai un bon moment à être tranquille… Mais fait froid…
C’est drôle, le climat a changé… Fait froid, dans cette île…
Faudrait penser à faire du feu… Eh bien, mon vieux Cali-
ban, nous ne sommes plus que deux sur cette île, plus que
toi et moi. Toi et moi ! Toi-Moi ! Moi-Toi ! Mais qu’est-ce
qu’il fout ? (Hurlant.) Caliban !

On entend au loin parmi le bruit du ressac et des piaillements
d’oiseaux les débris du chant de Caliban.

la liberté ohé, la liberté !

sado. Sus gestos son automáticos y mezquinos, su lenguaje empo-
brecido y estereotipado.

próspero: Es raro, desde hace algún tiempo, fuimos invadidos
por las zarigüeyas. Están por todos lados… Hay pecaris,
cerdos salvajes, ¡toda esta sucia naturaleza! Pero sobre
todo zarigüeyas… ¡Oh, esos ojos! Y en la cara, ¡ese rictus
innoble! Uno juraría que la jungla quiere sitiar la gruta.
Pero me voy a defender… No voy a dejar que muera mi
obra… (Gritando.) ¡Voy a defender la civilización! (Dispara
en todas direcciones.) Ahí tienen… Así tengo un momento
para estar tranquilo… Pero hace frío… Es raro, el clima
cambió… Hace frío en esta isla… Habría que pensar en
encender un fuego… Y bien, mi viejo Calibán, no somos
más que dos en esta isla, nada más que vos y yo. ¡Vos y
yo! ¡Vos-yo! ¡Yo-vos! Pero ¿qué hace? (Gritando.) ¡Calibán!

Se escucha a lo lejos de entre el ruido de la resaca y el piar de los
pájaros los vestigios del canto de Calibán.

¡la libertad ah, la libertad!

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Se terminó de imprimir en
Gráfica LAF SRL, Monteagudo
741, San Martín, Provincia de
Buenos Aires, en agosto de 2011.

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